lundi 10 avril 2023

Y a-t-il encore un ailleurs ?

Durant les révolutions arabes, le narrateur de ce roman, un Égyptien
copte vivant à Londres, reçoit un jour l’appel de son ami du Caire qui lui demande d’organiser les funérailles d’un jeune Syrien dont la famille réfugiée en Égypte n’a pas été autorisée à faire le voyage pour l’enterrer. Il y consent non sans peine, car qu’y a-t-il de plus triste pour un étranger que de mourir loin des siens, sans aucune présence clémente pour l’accompagner dans ce dernier voyage? «Si je ne pouvais rien pour les vivants, le moins que je puisse faire était de me rendre utile pour les morts.

Les damnés de la terre

Les vivants qu’il évoque sont le public qu’il accompagne dans son métier au sein d’une administration sociale. Ceux que la société rejette, que l’origine ethnique, géographique, la précarité et parfois les choix de vie relèguent à la marge d’un système conçu pour ne préserver que les privilèges d’une minorité. Avec ses collègues pour la plupart de provenances diverses, il est chargé d’enquêter auprès de populations prioritaires en vue d’octroi de logements sociaux.

samedi 4 février 2023

La mémoire du jasmin

Dans ce roman captivant et remarquablement traduit, Mansoura Ez-Eldin nous propose dans un aller-retour dans le temps et l’espace, entre le Caire et Basra (actuelle Bassorah en Irak), de rencontrer des personnages intemporels dans un récit qui mêle subtilement fiction et réalité historique.

Hishâm Khattab, jeune cairote, ingénieur en géologie au chômage, voue une passion ardente pour les manuscrits anciens. Il s’intéresse en particulier à l’histoire de l’islam et aux grands penseurs musulmans qui ont fondé ou nourri la réflexion théologique de divers courants tels que le soufisme, l’ibadisme, le kharijisme, le chiisme ou le mutazilisme.

À défaut de pouvoir vivre de son métier, il fait du commerce de livres anciens son gagne-pain. Un jour, dans l’attente du passage d’un convoi présidentiel, il aperçoit dans la foule une jeune femme, Mervat, tenant entre ses mains Le Grand Livre de l’interprétation des rêves attribué à l’imam Muhammad Ibn Sîrin, datant du VIIIe siècle. Intrigué par cette femme à laquelle il trouve une troublante ressemblance avec la muse et épouse de Marc Chagall, il l’aborde et de cette conversation naît une relation nourrie de leur passion commune pour l’art et la littérature.

jeudi 5 janvier 2023

Conversation avec l’absent

«Oublie ton nom, tu es le numéro 1858!» dit le geôlier à Mazen al-Hamada lors de son arrestation. Dans l’usine de la mort qu’est la prison syrienne, cette phrase glaçante préfigurait du sort qui l’attendait, lui qui n’était plus qu’un nombre de plus dans la longue chaîne de l’abattoir.

Mazen al-Hamada, un jeune homme de Deir Ezzor, issu d’une famille nombreuse, aimante et politisée, s’était comme beaucoup de jeunes de son pays engagé avec espoir dans la révolution syrienne. Arrêté, cruellement torturé et violé, il finit par prendre la route de l’exil qui le mènera après maintes péripéties aux Pays-Bas.

Résolu à parcourir le monde et témoigner de l’horreur vécue, Mazen a livré des heures de narration à la journaliste Garance Le Caisne, autrice du livre documentaire à la renommée internationale Opération César, Au cœur de la machine de mort syrienne.

jeudi 1 décembre 2022

Brigitte Giraud : Questionner le destin

La perte brutale d’un être cher ouvre un gouffre béant qui, à défaut ou en attendant d’être colmaté par le processus du deuil et de l’acceptation, laisse s’échapper, telle une lave en fusion, des interrogations lancinantes et de la culpabilité. Dans ce temps suspendu, les questions obsédantes emboîtent le pas à la sidération. Comment continuer à vivre après la perte de l’être cher ? Pourquoi lui, pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Et si ce jour-là, par une sorte d’intuition, de choix différents, il avait été possible d’altérer le destin ?

 

dimanche 7 août 2022

De corps et d’exils

Le dernier récit que nous livre l’écrivaine Fawzia Zouari s’apparente à un long voyage trouvant sa source dans les territoires de l’enfance et du féminin. Le corps des femmes constitue la trame principale sur laquelle vont venir se déposer des souvenirs, des peurs, de la cruauté, de l’affection et de la nostalgie.

De sa Tunisie natale, plus précisément de son village, Ebba, l’autrice se raconte, enfant au lendemain de l’indépendance, dans cet entre-deux encore imprégné de présence coloniale et en transition vers un destin aux promesses multiples. Le sien la mènera de l’autre côté de la Méditerranée par un chemin qui relève du miracle tant les obstacles à l’être femme étaient innombrables à l’époque.

À Ebba, l’espace privé et l’espace public étaient strictement délimités. «Le monde se divisait en deux dans mon village. Il y avait les femmes avec leurs silhouettes ajourées, leurs incantations, leurs douleurs, leurs pouvoirs domestiques mais aussi leur mystère nimbé de silences perfides et de larmes. Et il y avait les hommes régnant à l’extérieur, complexes, aventureux, puissants, imprévisibles.»

mardi 12 juillet 2022

Transsexualité: Histoire d’une douloureuse traversée

Alors que le phénomène de la transsexualité devient de plus en plus visible, il garde toutefois une part importante de tabou et de résistances dans la plupart des sociétés. Ce livre est un récit inspiré de la réalité. Il nous immerge dans une douloureuse aventure transgenre d’un adolescent koweitien, Rayyan, dont l’assignation au genre féminin a été source de mal-être à mesure que la puberté marquait son corps.

Soutenu par sa mère et sa meilleure amie Jawa, Rayyan décide de procéder à des analyses médicales pour comprendre l’origine de son malaise et surtout pour confirmer son sentiment d’être un homme dans un corps de femme. Il apprend qu’il est effectivement atteint d’une anomalie génétique qui confirme son sentiment. Le monde entier se dérobe sous ses pieds à cette annonce, car il comprend que la transformation physique est inéluctable et qu’elle risque de changer radicalement son rapport au monde. «A mesure que j’entendais les paroles du médecin, une peur étrange s’immisçait en moi. Ma vie allait complètement changer: j’allais m’arracher du corps de cette jeune femme que j’avais toujours connue et dans lequel j’avais vécu pendant quinze ans pour vivre dans la peau d’un garçon que je ne connaissais pas!».

samedi 4 juin 2022

La brèche du désir

Le septième roman de Habib Selmi, écrivain tunisien, fait partie des textes qui nous accrochent dès la première page pour ne nous lâcher qu’à la dernière. Il y raconte une histoire d’amour, mais pas n’importe laquelle.

Kamal Achour, un soixantenaire d’origine tunisienne marié à Brigitte, est professeur de mathématiques à l’université. Il coule des jours plutôt paisibles avec son statut d’homme installé dans la vie et intégré dans la société française. Tous les jours, dans son immeuble Haussmanien, il croise Zahra sa voisine du dessus. Elle est tunisienne comme lui, cinquantenaire, mariée avec un enfant handicapé. Zahra est analphabète, elle fait des ménages et s’occupe de la vieille voisine de palier de Kamal. Ce dernier ne l’avait jamais vraiment remarquée avant d’échanger un jour avec elle quelques mots dans leur langue natale commune.

Au fil des jours s’installe un rituel qui, à chaque rencontre, tisse un peu plus un lien d’une nature particulière. Cette femme qui, au demeurant ne partage rien d’autre que la langue avec lui, commence peu à peu à occuper son esprit lorsqu’un jour au hasard d’une proximité furtive il fut confronté à son corps et aux effluves qui s’en dégagent.